ICADE avait un projet pour les tours de la Rue Jean Macé : s'en débarrasser. Trop coûteuses, pas rentables, peu entretenues. Le moyen le plus judicieux à l'époque pour le bailleur pour mener à bien son projet , c'était la vente aux locataires. Le 7 était l'heureux élu. Mais c'était sans compter l'opposition de la Ville et des locataires eux-mêmes qui, loin d'être dupes, ont bien compris qu'ICADE vendait une loque et fuyait face à son rôle de bailleur qui consistait à l'époque à entretenir le bâtiment de manière à ne plus avoir d'excréments flottant sur des eaux usées au rez-de-chaussée (ce n'est qu'un exemple parmi d'autres).
Le projet de vente à la découpe-unité a capoté face à cette résistance que le bailleur n'avait pas prévue. Laissé en suspens en Septembre dernier, le projet avait été remplacé par des mesures plus raisonnables et attendues depuis longtemps : le changement des fenêtres par exemple, vieille promesse faite en 2001 et oubliée depuis.
Et puis la crise est arrivée et là, on se dit que ICADE aurait pu exprimer sa gratitude vis-à-vis des locataires qui ont refusé la mise en vente à l'unité : après tout, ils ont épargné au bailleur bien des inquiétudes face aux difficultés d'obtenir des crédits pour l'achat immobilier.
En tous les cas, le voeu du bailleur est resté le même : se débarrasser des tours coûte que coûte. Et voilà qu'un beau jour, la voix de la raison, communiquée à travers ce blog mais aussi lors des réunions avec les représentants icadiens, s'est imposée : vendre à un bailleur social ! Conventionner les quelques 300 logements des trois tours. Au début, il n'était question que du 5 Rue Jean Macé mais voilà qu'à compter du 1er Juillet 2009, Valophis (Ex-OPAC du Val de Marne) reprend l'ensemble dans son intégralité.
Bien sûr, cela ne signifie pas que la mobilisation doit cesser, au contraire, les tours sont toujours en mauvais état et les pressions vont devoir être maintenues pour obtenir que la réhabilitation ne coûte pas un seul euro aux locataires. Mais enfin, prenons un court instant pour savourer cette drôle de victoire qui encore une fois, n'aurait pas été possible sans l'entêtement des locataires.
Grâce à eux, mais aussi grâce aux journalistes qui nous ont suivis et ont relayé notre affaire, grâce à la Ville, son Maire et ses élus qui ont apporté leur soutien sans condition à la lutte des locataires, grâce à vous chers lecteurs qui nous suivez assidûment depuis le début de cette aventure, nous pouvons affirmer haut et fort qu'aujourd'hui, une page se tourne, que la saga ICADE prend fin et que même si demain, de nouveaux combats devront être menés, nous avons passé un cap incroyable.
Nous nous quittons ici, peut-être nous retrouverons-nous pour de nouvelles aventures, moins passionnées mais toujours passionnantes. Merci à vous tous et pour ceux qui sont encore dans la lutte des ventes à la découpe, bon courage et surtout ne lâchez pas, la persévérance est parfois synonyme de douce victoire.
"Ceux qui pourraient sortir des HLM pour acheter dans le libre restent dans les HLM et
comme ils restent dans les HLM, il n'y a pas de place. Donc, ceux qui devraient avoir une place dans les HLM se retrouvent dans les logements d'urgence. Dans les logements d'urgence, il n'y a pas
de place non plus entre ceux qui ne peuvent pas entrer en HLM et ceux qui sont en situation d'immigration irrégulière, ce qui fait que la très grande pauvreté, elle se retrouve au Bois de
Vincennes ou ailleurs." (
Dans l'absolu, on comprend que la logique défendue est que ceux qui n'ont rien à
faire dans des logements sociaux -parce plus riches qu'à leur arrivée entre les murs ou parce que moins nombreux à l'occuper- doivent laisser naturellement leur place à ceux qui ont besoin de ce
logement. C'est cela que défend le gouvernement. Sauf que ce dernier a malheureusement un peu trop pris l'habitude d'analyser les faits en portant des oeillères.
Le 3, le 5 et le 7 rue Jean Macé comptent des populations qui se ressemblent socialement,
des familles de classe moyenne ou modeste qui ont choisi de se loger dans ces bâtiments parce que plus accessibles que le parc privé et pour lesquels ils voudraient même pouvoir payer moins de
charges (souvenez-vous que de très nombreux locataires, notamment ceux occupant des F4 paient 300 euros de charges par mois). La plupart de ces familles sont en demande de logements sociaux et ce
depuis plusieurs années. La conjoncture économique actuelle n'arrange pas les choses, les familles étant de plus en plus soumises à de veritables difficultés financières, liées a la faiblesse de
leur pouvoir d'achat et au sentiment de devoir constamment mettre la main à la poche pour tout et n'importe quoi.